domingo, 1 de maio de 2011

MARROCOS – Atentado de Marraquexe: "a teoria do complot é plausível"


Após o atentado de Marraquexe de 28 de Abril, que provocou pelo menos 16 mortos (nota: 18 na realidade, dos quais 6 franceses), várias hipóteses são aventadas quanto à origem desses actos terroristas. Mohamed Fadil Redouane, especialista sobre o islamismo em Marrocos, doutorado pela Ecole Pratique des Hautes Etudes (Paris-Sorbonne) responde a Matthieu Mégevand do «Le Monde des Religions»

Quels sont les différents courants islamistes au Maroc aujourd’hui?

On peut dire qu’il existe trois grandes tendances. Une tendance radicale d’abord, qui utilise un mode d’organisation clandestin et qui vise une islamisation par le haut. Les islamistes de cette tendance rejettent tout compromis avec le pouvoir qu’ils considèrent comme impie et non conforme aux préceptes de l’islam. Au Maroc, cette tendance renvoie à deux courants bien distincts, quant au cadre temporel et à la référence doctrinale. Le premier courant est celui de la chabiba, créé en 1969 par Abdelkrim Mouti, proche des Frères musulmans. Le deuxième courant est plus récent. Il s’agit du courant d’as-salafiya al-jihadiya (le Salafisme Jihadiste). Son cadre global d’émergence correspond à la vague de néo-fondamentalisme islamiste qui est apparu partout dans le monde depuis la fin de la guerre en Afghanistan et qui a atteint son paroxysme après le 11 septembre 2001 avec Al-Qaïda.

Jusqu’aux récents événements du printemps arabe et le mouvement dit du 20 février au Maroc, la majorité des salafistes djihadistes étaient emprisonnés pour de longues peines suite aux attentats perpétués le 16 mai 2003 à Casablanca. Certains ont été peu à peu relâché depuis les récents mouvements démocratiques. Il est à noter que ce courant n’est pas bien structuré, et qu’il s’est surtout développé dans les prisons qui regroupent ces salafistes djihadistes depuis 2003. Les deux autres tendances sont d’une part le courant contestataire pacifiste, qui refuse tout compromis avec l’Etat dans un cadre non-violent, et dont le groupe principal est celui d’Abdessalam Yacine, appelé jama‘at al-‘adl wa-l-ihsane ("Groupe d’Équité et de Bienfaisance").

Et puis, la troisième tendance est celle des réformistes, qui prône une participation politique civique légitime, théorisée dans le cadre d’un ensemble de révisions intellectuelles menées au sein de la doctrine islamiste radicale. Les tenants de ce courant sont le hizb al-‘adala wa-t-tanmiya ("Parti de la Justice et du Développement"), premier parti islamiste reconnu par le pouvoir marocain et qui siège au parlement.

Comment expliquez-vous cet attentat de Marrakech?

Le Maroc est connu comme un pays relativement stable, et les attentats les plus célèbres sont ceux du 16 mai 2003 à Casablanca, qui avaient fait une quarantaine de morts. Le problème a toujours été d’identifier les auteurs de ces attentats. On a accusé et condamné quelques milliers de membres du mouvement de la salafiya al-jihadiya, mais comme je l’ai dit plus haut, c’est un mouvement qui s’est structuré en prison après ces vagues d’arrestations, et les preuves quant à leur culpabilité n’ont jamais été vraiment déterminantes.

On a relié ce mouvement à Al-Qaïda, mais il faut savoir que s’il existe un rapprochement idéologique, aucun lien logistique, organisationnel ou matériel ne peut être fait. Pour cet attentat de Marrakech, la piste d’Al-Qaïda, et donc de la salafiya al-jihadiya est à nouveau mise en avant. On peut toutefois émettre de sérieuses réserves quant à cette position. Il est bien sûr trop tôt pour tirer des conclusions, et l’on manque encore de nombreuses informations. Toutefois, il faut replacer ces événements dans le contexte actuel marocain.

Nous sommes en pleine période de réformes politiques réclamées par le peuple et les jeunes en particulier, issus du mouvement dit du 20 février et du mouvement plus global du printemps arabe. Le roi Mohammed VI, dans son discours du 9 mars dernier, a répondu favorablement à certaines des demandes des manifestants, et le processus pour plus de démocratie semble s’être mis en route. Cela n’est évidemment pas du tout du goût de certains leadeurs du régime, qui ont tout à perdre à voir ce mouvement réformiste se concrétiser.

De plus, les lois anti-terroristes mises en place suite aux attentats de 2003 ont été de plus en plus contestées par les manifestants, et par les membres de la salafiya al-jihadiya qui ont mené depuis leurs prisons une campagne médiatique très réussie ces dernières semaines. Des actes de tortures, des arrestations arbitraires ont été dénoncés et accueillis avec de plus en plus de sympathie et de compassion de la part du peuple. Le régime a d’ailleurs commencé à relâcher une petite partie de ces membres salafistes.

Pour toutes ces raisons, la théorie 'du complot' comme on l’appelle, a très rapidement émergé dans certains médias marocains. Et des centres de pouvoir internes ont clairement été accusés d’être derrière ces attentats de Marrakech. Cette hypothèse, si elle est pour l’instant invérifiable, est plausible, parce qu’elle permettrait à une partie du pouvoir de reprendre la main, de décrédibiliser les islamistes et de maintenir une certaine pression sécuritaire sur le peuple marocain tout en le détournant de ses velléités démocratiques auxquels il semblait jusqu’à présent farouchement accroché.

Le mouvement démocratique a en effet réussi à bouleverser le contexte politique comme jamais auparavant, et les principaux acteurs du régime ont été soumis à des pressions sans précédent dans l’histoire du pays. Ils ont donc, je le répète, tout à perdre dans ce nouveau processus démocratique. Quant à l’hypothèse de l’attentat islamiste, il ne peut pas non plus être écarté, même si, dans les faits, on a de la peine à comprendre pourquoi les membres de la salafiya al-jihadiya auraient perpétrés un tel acte de violence dans un contexte qui leur était de plus en plus favorable, avec une certaine compassion populaire, des revendications légitimes et la libération de plus en plus de leurs membres. De nombreuses questions restent pour l’instant sans réponse, mais des centres de pouvoir internes sont, selon moi, un commanditaire tout aussi crédible que la piste islamiste.

LE MONDE DES RELIGIONS – 29-04-2011

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